Comme c'est souvent le cas avec les studios de l'Est, The Thaumaturge présente un certain penchant pour l'histoire locale, l'intégralité du jeu se déroulant en Pologne. Cela offre l'occasion de dresser le portrait d'un pays dont on aComme c'est souvent le cas avec les studios de l'Est, The Thaumaturge présente un certain penchant pour l'histoire locale, ici la Pologne.

Cela offre l'occasion de dresser le portrait d'un pays dont on apprend finalement peu de choses en Europe occidentale, si ce n'est pour évoquer son triste sort lors de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, ici, il n'est pas question de nazis ni de guerre totale, puisque le RPG se situe en 1905. À cette époque , le pays est partagé entre trois puissances voisines : l'Empire russe, l'Empire allemand et l'Empire austro-hongrois, qui avaient annexé des parties de la Pologne au cours du 18ème siècle et exerçaient un contrôle politique et administratif sur ses territoires.

Une écriture qui marche du tonnerre et un cadre passionnant

Mais, comme on le comprendra très vite  en jouant, malgré cette division, un fort sentiment nationaliste anime la population polonaise et de nombreux mouvements pour l'indépendance et l'autonomie sont actifs. De plus, des soulèvements et des révoltes, tels que la Révolution de 1905 en Russie (la période du jeu, pour rappel), ont également un impact sur les Polonais vivant dans les territoires contrôlés par l'Empire russe. Le studio en profite donc pour nous offrir de belles tirades patriotiques à travers plusieurs dialogues, sans pour autant sombrer dans l'excès.

En effet, il est important de souligner que The Thaumaturge est profondément politique. Bien que le jeu ne prétende pas donner un cours d'histoire complet, à plusieurs reprises, il n'hésite pas à émettre certaines critiques sur la gestion du territoire polonais et la férocité du joug russe. Un bon point si l’on aime l’Histoire. Tout commence donc en 1905 dans la peau de Wiktor Szulski. Très vite, on découvre que notre dandy polonais possède d'autres talents que celui de simplement s'habiller avec goût. En effet, Szulski est un thaumaturge, une sorte de médium extra-lucide hanté par un ou plusieurs êtres démoniaques qui portent le nom de salutors. Ces créatures puisent dans l'énergie vitale de leurs porteurs tout en leur conférant de nombreux pouvoirs. Ainsi, le talent de Wiktor est à la fois une malédiction et un don, ce qui contribue au charme du scénario au fil de son évolution.

The Thaumaturge test
Bienvenue en Pologne

Des airs de Dracula

Dès les premières minutes de The Thaumaturge, on a un peu l'impression de jouer le Comte Dracula de Francis Ford Coppola, et cela se ressent aussi bien dans la direction artistique générale, inspirée des contes gothiques, que dans le design des personnages. À commencer par notre protagoniste barbu et son teint blafard. Comme le plus célèbre des vampires, son don unique est aussi un fardeau. Ce qui donne le ton pour la suite.

En fait, l'ensemble est plutôt sombre, que ce soit à travers les intérieurs parfois faiblement éclairés ou les extérieurs, grisâtres et parfois pluvieux. Certes, de temps à autre, on peut profiter de quelques environnements chatoyants, dans la ville de Varsovie notamment, mais la plupart du temps, on se rapproche plutôt de l'horreur fantastique, très proche de ce qui est décrit dans le roman de Bram Stoker (Dracula). 

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Un dandy Polonais.

Sombre jusqu’au bout des doigts

Pour accentuer tout ça, les thématiques sont aussi particulièrement sombres : spiritisme, misère, folie, mort... On ne peut pas vraiment dire que le RPG soit du genre à vous donner le sourire. Mais ce n’est de toute façon pas le but recherché, et c’est très bien comme ça. Le travail fourni pour retranscrire cette impression presque oppressante de désespoir est assez admirable. Cela se ressent aussi bien dans les dialogues que dans les environnements. Cerise sur le gâteau, la musique elle-même apporte une touche de macabre pour que le tableau final soit assez parfait. Chapeau bas, car c’est un sans-faute artistique. Qu’il s’agisse de la petite musique angoissante lors de l’exploration d’un vieux manoir ou la petite mélodie stressante lors d’un combat. Tout y est pour vous plonger dans cet univers fantasmagorique. 

Pour représenter cela à l’écran, The Thaumaturge peut compter sur toute la puissance de l’Unreal Engine 5. Sans être une claque, avec les graphismes à fond (sur PC), c’est quand même très beau et très fin. Le jeu propose aussi un beau travail sur les effets de lumières pour renforcer l’aspect gothique.

Mention spéciale aux visages, pour la plupart très expressifs. Dommage que l’ensemble soit parfois un peu rigide, notamment lors des phases de combat qui constituent un point faible de l’aventure. Nous y reviendrons plus tard. Ce qui est certain, c’est que les animations sont parfois un peu vieillottes. Cela se ressent beaucoup dans les dialogues, et comme ils représentent une très grosse part de l'expérience de jeu… On assiste souvent à des mouvements un peu robotiques, c’est bien dommage.

Un lieu glauque comme les autres.

Simple et efficace

The Thaumaturge repose sur une vue isométrique en temps réel avec des combats au tour par tour. La plupart du temps, il s'agit d'explorer des environnements semi-ouverts où rencontrer de nombreux personnages et réaliser des quêtes. En fait, la carte est divisée en plusieurs petites zones auxquelles on accède par divers moyens de locomotion et qui nécessitent généralement des chargements. C'est certainement l'une des raisons pour lesquelles le jeu n'est pas trop gourmand, car le RPG n'a jamais vraiment besoin de charger une très grande zone d'un seul coup. Avec un bon processeur et un SSD, tout passe assez inaperçu et il ne faut que quelques secondes pour aller d'une zone à l'autre.

Sans entrer dans les trop nombreux détails qui pourraient vous spoiler l'aventure, sachez que notre ami Wiktor cherche un remède pour guérir de son état. Pour cela, il n'hésite pas à se rendre dans les confins de la campagne polonaise pour y rencontrer un mystique et guérisseur russe bien connu : Grigori Efimovitch Raspoutine. L'étrange moine accepte de nous apporter son aide, mais avant cela, nous devons lui prouver que nous sommes bien un thaumaturge. Après quelques péripéties, nous nous retrouvons rapidement à Varsovie. C'est notamment l'occasion de rencontrer toute une galerie de personnages qui jalousent ou utilisent vos dons.

The Thaumaturge test
Salutor et histoire de meurtre.

Les salutors, au cœur du combat

Cette sorte de magie ancienne est notamment due aux salutors, des êtres démoniaques qui hantent l'âme de certains élus, les thaumaturges. Notre aventure dans la capitale polonaise sera justement l'occasion de lier notre âme à plusieurs de ces créatures, soit en tuant leurs précédents propriétaires, soit en les capturant (oui, comme des Pokémon) en réalisant certaines tâches. Au total, vous pourrez profiter de 8 salutors différents que vous pouvez «apprivoiser». Chacun a son propre look et ses propres compétences en combat...

Alors que Upyr, le premier salutor, inflige des pénalités de dégâts sur le long terme (saignement), un autre démon comme Morana (tout simplement effrayant) pourra réduire la concentration des adversaires en s’immisçant dans leurs esprits. Notons que ces monstres ne sont pas des créatures de chair et de sang ; seul votre esprit peut les voir. Bien qu'ils apparaissent lors des phases de combat, les ennemis ne peuvent pas leur infliger de dégâts. Ils agissent donc un peu comme des possessions, à la différence qu'ils peuvent aussi infliger des dégâts physiques à vos ennemis.

The Thaumaturge test
Il est temps de mettre une déculotté à ces paysans.

Un jeu trop statique ?

Le système de combat fonctionne au tour par tour et se déroule de manière assez simple, quoique un peu brouillonne. Grossièrement,vous pouvez infliger deux types de dommages : soit directement avec votre personnage, soit via votre salutor. Dans la majorité des cas contre des simples humains, vous aurez l’avantage du nombre, puisqu'en 1 contre 1 vous aurez toujours la possibilité d’effectuer deux attaques avant l’adversaire. Cependant, là où ça se complique et devient interminable, c’est lors des combats contre 3 ou 4 adversaires en même temps. Surtout au début, il est assez long de venir à bout d’un ennemi et il est parfois redondant d’effectuer les mêmes actions encore et encore. 

Dans The Thaumaturge, votre personnage reste immobile durant les combats, et vous devez sélectionner des compétences ou des attaques dans un ordre prédéterminé pour vaincre vos adversaires. Cela rend les affrontements quelque peu statiques et moins intenses que ce que certains joueurs pourraient espérer. En effet, le jeu privilégie une approche stratégique où la sélection et l'ordre des compétences sont plus déterminants que l'habileté physique au combat, s'apparentant davantage à une partie de jeu de cartes où le facteur chance a son importance.

Le système de combat ne se renouvelle pas radicalement en débloquant de nouvelles compétences, bien que cela reste gratifiant. Néanmoins, les salutors ajoutent une dimension intéressante à la stratégie. Vous avez la possibilité de choisir parmi huit démons (moins au début) pour vous aider dans des situations difficiles, chacun nécessitant un développement et une utilisation tactique.

Votre perception de thaumaturge joue un rôle crucial pendant les combats, vous permettant d'anticiper et de contrer les plans de l'ennemi. Les compétences s'affichent avec leur vitesse et, une fois sélectionnées, elles sont ajoutées à la file d'actions. Les attaques plus lentes, bien que puissantes, vous rendent plus vulnérable pendant leur préparation. Les combats impliquent également l'utilisation du focus pour affaiblir l'ennemi et l'application d'effets tels que les dégâts sur la durée ou l'influence sur les adversaires. Malgré le manque de dynamisme, le jeu propose tout de même une expérience stratégique intéressante.

The Thaumaturge test
C'est beau, mais ça ne bouge pas beaucoup.

Un jeu bougrement intelligent

L'attrait principal de The Thaumaturge réside dans sa narration exceptionnelle, son intrigue captivante et ses dialogues profonds. Le jeu se distingue par la manière dont chaque choix du joueur peut influencer l'histoire, modifiant le cours des événements, le destin des personnages ou même l'issue du jeu, avec quatre fins différentes et des variations, totalisant huit conclusions possibles. Cette richesse narrative encourage les joueurs à réfléchir soigneusement à chaque réponse, donnant un poids significatif à chaque décision.

Dans l'univers de The Thaumaturge, les joueurs se retrouvent souvent à mener des enquêtes, s'immergeant dans le rôle d'un détective quasi mystique, capable d'influencer les sentiments des autres. Ce positionnement permet une exploration profonde des émotions humaines, utilisant la peur, le stress et le désespoir pour progresser dans l'histoire. Un exemple frappant, c’est la révélation de la vulnérabilité cachée de ce personnage antipathique que l’on aime détester, révélant finalement un complexe d'infériorité et une jalousie envers notre personnage. Un délice.

Le jeu brille également par sa capacité à présenter des personnages réalistes et humains, enrichissant l'expérience narrative. The Thaumaturge peut être salué pour son étude approfondie de la psychologie et du comportement humain, offrant aux joueurs une expérience immersive qui s'intensifie jusqu'à la conclusion.

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Des personnages historiques (ici Nicolas II)